Le Prix international du Gouverneur Général en études canadiennes

2003 - Karen Gould



Karen Gould est depuis longtemps l’une des spécialistes les plus estimées de l’écriture féministe québécoise et, depuis plus de deux décennies, une figure importante dans le domaine des études canadiennes et ce tant au plan national qu’international.

Bien qu’elle ait commencé sa carrière de chercheuse en publiant deux ouvrages sur le romancier français Claude Simon, la professeure Gould a recentré ses intérêts sur les auteures québécoises au début des années 1980 et, depuis, n’a cessé de se situer à l’avant-garde des études littéraires québécoises. Comme elle en a fait la preuve dans son article pionnier sur l’écriture féministe considérée comme « un acte libérateur des mots » qui a paru en 1981 dans la revue féministe Signs ( « Setting Words Free : Feminist Writing in Quebec », Signs 6.4 ), elle est en mesure de se servir de la théorie féministe française, américaine et canadienne pour expliquer des textes expérimentaux extraordinairement difficiles dans un langage clair. Depuis les années 80, elle a publié régulièrement des articles de revues et des chapitres d’ouvrages sur Marie-Claire Blais, Nicole Brossard, Louky Bersianik, Madeleine Gagnon, France Théoret, Suzanne Lamy, Madeleine Monette, Monique LaRue, Elise Turcotte et Ying Chen. La publication de son brillant ouvrage, Writing in the Feminine [ L’Écriture au féminin ] ( Southern Illinois, 1990 ) a constitué un jalon majeur dans l’histoire des études littéraires féministes canadiennes et ses lectures attentives ont rendu les oeuvres des auteures expérimentales du Québec plus accessibles à tous les étudiants et étudiantes de la littérature francophone. Avec sa fine sensibilité critique et une compréhension profonde de l’histoire et de la politique québécoises, la professeure Gould a réussi à contextualiser la poésie et la prose féministes de telle façon que ses lecteurs et lectrices peuvent approfondir leur compréhension de l’histoire intellectuelle du Québec. À l’heure actuelle, elle est en train de terminer un ouvrage sur l’écriture contemporaine des femmes intitulé Women Mapping Culture in Quebec, 1980-2000 ( Les femmes cartographes de la culture au Québec, 1980-2000 ).

La reconnaissance de son excellence universitaire lui est venue sous la forme de nombreuses subventions et bourses de recherche. C’est ainsi que le gouvernement du Canada lui a accordé une bourse de perfectionnement en recherche en 1986, tandis que, en 1992-93, la Fondation Fulbright en faisait l’une des premières titulaires d’une bourse d’étude Fulbright au Canada. Les travaux de la professeure Gould sont cités non seulement par les chercheuses féministes américaines, mais aussi par d’importantes spécialistes canadiennes et québécoises, dont Patricia Smart, Janet Paterson et Lori Saint-Martin. Sa participation à des conférences d’études canadiennes en Amérique du Sud et en Europe lui ont valu le respect de Canadianistes éminents partout dans le monde.

La professeure Gould a également fait ses preuves en déployant beaucoup d’énergie comme responsable de la publication d’ouvrages collectifs. En 1988, elle devenait la rédactrice de Québec Studies, une revue interdisciplinaire publiée par le Conseil américain des études québécoises. Au cours des cinq années qu’elle a passées à la rédaction de cette publication, elle était responsable de la publication de huit numéros de la revue, dont la réputation n’a fait qu’embellir sous sa direction. En collaboration avec William Metcalfe et Joseph Jockel, elle s’est également occupée de la publication de l’ouvrage Northern Exposures ( ACSUS, 1993 ), une collection d’essais sur la recherche sur le Canada aux États-Unis. Elle a aussi été la co-responsable de la publication d’une importante collection d’essais sur diverses écrivaines francophones intitulée Postcolonial Subjects : Francophone Women Writers [ Sujets postcoloniaux : écrivaines francophones ] ( Minnesota, 1996 ), ainsi que d’une collection sur le caractère distinctif du Canada au 21e siècle, Canadian Distinctiveness into the XXIst Century ( Ottawa, 2003 ).

En plus de faire de l’enseignement, de la recherche et de s’occuper de la publication d’ouvrages, Karen Gould a rempli plusieurs fonctions électives importantes au sein de divers organismes universitaires. À titre de membre du Comité exécutif pour les études francophones de la Modern Language Association, elle a organisé des séances à la MLA qui comprenaient des présentations sur la littérature canadienne-française. Après avoir été membre du Conseil de l’Association des études canadiennes aux États-Unis, elle a été élue vice-présidente et puis présidente de l’Association. À ces postes, elle s’est occupée de conférer plus d’ampleur à l’organisme et à ses conférences. Plus récemment, elle a été présidente, pendant un mandat, du Conseil international des études canadiennes. À ce titre, elle a beaucoup voyagé et a généreusement donné de son temps à la promotion des études canadiennes partout dans le monde. Elle s’est montrée une amie et une guide pour des dizaines de jeunes chercheurs et chercheuses qui faisaient leur entrée dans le domaine, en plus d’être une collègue estimée pour ses pairs.

Tandis que la professeure Gould passait de l’enseignement à temps plein à l’administration, elle a su se servir de ses fonctions pour promouvoir l’institutionnalisation des études canadiennes dans le monde universitaire. D’abord à titre de vice-doyenne responsable des étudiants diplômés à Bowling Green State Université ( Ohio ), puis à titre de doyenne des Arts et des lettres à Old Dominion University ( Virginie ) et, à son poste actuel comme doyenne des Arts et des Sciences à l’Université de Cincinnati ( Ohio ), la professeure Gould a réussi à renforcer l’appui accordé aux étudiants diplômés et aux programmes universitaires. Elle a ainsi joué un rôle très important pour l’avenir des études canadiennes aux États-Unis.

La professeure Karen Gould a fait plusieurs contributions importantes au domaine des études canadiennes, lequel, avec son concours, a connu une croissance exponentielle au cours des deux dernières décennies. Elle mérite très certainement de se voir décerner le Prix international du gouverneur-général en études canadiennes.

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